Imprimer

Par Girondine.

Trouvé dans le journal l’Indicateur N° 8493 du 6 juillet 1836 l’article ci-dessous, publié dans le journal l’Abeille de La Nouvelle-Orléans.
Les deux derniers paragraphes justifient la présentation de ce texte dans la rubrique Santé.

sourcehuileamerique01
 
 

Source d'huile en Amérique

      Il y a environ dix ans, près de Bruckerville (Kentuky), perforant
 un puits artésien pour obtenir de l'eau salée, et parvenu déjà, à tra-
vers un lit de roches solides, à une profondeur de plus de 200 pieds,
 nous perçumes une source d'huile pure, qui dès ce moment lance un
jet continuel qui s'élevait à 12 pieds au-dessus de la surface du sol.
Quoique l'intensité du jet diminuât un peu, quelques minutes après
la première éruption, que l'on suppose avoir donné alors 75 gallons à
la minute, elle continua plusieurs jours sans interruption.
     Le puits se trouvant près de l'embouchure et sur les bords d'un petit
creek qui décharge ses eaux dans la rivière Cumbernland, l'huile ainsi
projetée vint se répandre et flotta jusqu'à une grande distance sur la
surface des eaux. Plusieurs habitants au bas de la côte, curieux de savoir
si cette huile (ou plus exactement ce bitume), possédait des pro-
priétés inflamables, y appliquèrent une torche. Avec la rapidité de
l'éclair cette matière s'enflamma et les habitants jouirent du spectacle uni-
que d'une rivière embrasée, dont les flammes atteignaient les escarpe-
ments les plus élevés et embrasaient le sommet des arbres, à la grande
frayeur et au préjudice reel des habitants.
     Cette huile ou bitume est très-inflammable : elle produit une clarté
aussi pure et aussi brillante que celle du gaz? Ses autres propriétés
étaient alors inconnues; mais une grande quantité ayant été mise en
barils, on s'aperçut bientôt que tout avait passé en coulage.
Cette substance est tellement volatile qu'il est impossible de la renfer-
mer dans des futailles de bois, et elle contient une si grande quantité
de gaz que souvent elle fait éclater les vaisseaux qui la contiennent lors-
qu'ils sont hermétiquement bouchés. Sa couleur est verte, mais, expo-
sée à l'air, elle prend une teinte brune. Cette substance est extrement
volatille, a une odeur âcre et indéfinissable et le goût de l'essence de
goudron.
  Pendant un court espace de temps, après la découverte de cette source,
une petite quantité d'huile venait, lorsque l'on pompait l'eau salée, ce qui
a conduit à l'idée que l'on pouvait toujours l'extraire par le jet de la
pompe. Cependant toute nouvelle tentative pour en obtenir, excepté
par un jet spontané, a été entièrement infructueuse. Pendant les six
dernières années, il y a eu deux émissions par jet spontané. La der-
nière commença le 4 juillet 1835 et dura environ six semaines, pendant
lesquelles on recueillit environ 20 barriques d'huile.
Lorsque la source émet ce sujet spontané, l'huile et l'eau salée avec
laquelle elle est constamment combinée, sont lancées dans le corps de
la pompe, sans doute par la force des gaz qui tend à se dégager à une
hauteur de plus de 200 pieds, et de là viennent couler par l'orifice su-
périeur,  dans une auge couverte, où l'eau se dégageant de l'huile, se
précipite au fond, et cette dernière surnage à la surface. Un bruit sourd
ressemblant au grondement lointain du tonnerre, accompagne l'émission,
d'un jet d'huile, tandis que le gaz qui est bien visible à l'ouverture du
haut de la pompe fait demander à tous les étrangers qui passent si le
puits est en feu.
     Bientôt après la découverte de cette source, on supposa que l'huile
possédait des vertus médicinales. Cette idée conduisit un grand
nombre de personnes à en faire l'épreuve dans une grande variété de cas.
Ceux qui l'ont essayée comme médicament, en recommandent l'usage
pour le rhumatisme, la phthysie pulmonaire, la dyspepsie, la coli-
que d'intestins, les coupures, blessures et en général  toutes les ma-
ladies de peau.
On dit qu'elle soutient les malades cinq minutes après qu'on l'a ap-
pliquée sur les brûlures, et qu'elle peut servir de spécifique pour les
coliques, les écorchures et toute espèce de maladies de chevaux. On lui
a donné le nom de "Huile américaine", et dans ces dernières années
elle a joui d'une très-grande réputation dans les états de Kentuky et
d'Ohio.

L'Abeille de la Nouvelle Orléans.


(05/2013)