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Par Girondine

Bordeaux - rue des Trois Conilhs au siège de la chambre syndicale des employés de commerce de Bordeaux . Une salle de conférence. Des messieurs, commis ou négociants des maisons de commerce. Peut-être quelques dames. Un conférencier : Jacques Gebelin, 47 ans, sorti de l’Ecole normale supérieure, enseignant à la Faculté de lettres de Bordeaux , chargé du cours de Géographie.


Il collabore à la Société de géographie commerciale (1).
Un résumé de cette conférence a été publié dans le bulletin du Syndicat n° 66. C’est ce texte qui est publié ci-dessous. L’exposé était illustré par des projections, un procédé utilisé souvent à des fins pédagogiques.

C’était en 1895. Quel regard portait la France sur l’Afrique ?

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Conférence de M. Gebelin

Le jeudi 4 avril, M. Gebelin donnait au siège de la chambre Syndicale, la conférence annoncée sur "Les climats du continent africain dans leur rapport avec les produits et la colonisation ».
Le savant professeur de la Faculté de lettres a depuis longtemps multiplié les témoignages de sa bienveillante sympathie pour notre Association. Tant ses services qu'il a rendus le rattachent à elle, qu'on devait être assuré de l'empressement avec lequel une nombreuse assistance répondrait à cette nouvelle preuve d'intérêt. Le succès ne pouvait pas surprendre, mais il est permis de constater avec la plus vive satisfaction qu'il a été des plus vifs.

Quels avantages les nations européennes peuvent-elles attendre en retour des efforts persévérants et les sacrifices qu'elles ne ménagent pas pour s'assurer leur part du continent africain? Quelles ressources les productions de ces pays peuvent-elles leur réserver ?
C'est le problème que le conférencier, joignant l'exactitude scientifique la plus rigoureuse à l'art d'exposition le plus attachant, se propose de résoudre, ne remarquant qu'il n'est point susceptible d'une solution unique.
Il y a, en effet, deux mondes absolument distincts dans ce continent: l'Afrique blanche et l'Afrique noire, cette dernière subdivisée à son tour, en trois vastes régions absolument dissemblables.
La zone équatoriale, encore mystérieuse et presqu'impénétrable, qui s'étend de la Guinée septentrionale à la région des lacs, entre deux immenses marécages, est d'un accès difficile. C'est dans ces vastes espaces, ordinairement boisés, que l'acclimatation de l'Européen est impossible, que la constance d'une chaleur humide provoque une végétation exubérante, tandis qu'elle déprime l'être humain et l'animal même. Le paludisme y règne. Tout progrès semble interdit à la population rare et abrutie qui y vit sans avoir pu s'affranchir de l'anthropophagie et du fétichisme.
Plus accessible à l'homme de race blanche est la zone tropicale. Une plus grande diversité des altitudes, l'alternance des pluies avec la saison sèche et la prédominance plutôt marquée de cette dernière rendent la vie physique moins précaire, la faune plus variée, la végétation moins déréglée. Les eaux se canalisent et deviennent un moyen de pénétration. Le sol se prête à des cultures. L'Européen, encore que très éprouvé, résiste mieux et, s'il s'assure le concours de l'Arabe, il peut coloniser dans une certaine mesure.
Dans la zone aride des déserts, ce ne sont plus que maigres buissons et plantes herbacées. Les oasis seules offrent une flore plus vigoureuse et plus variée. La vie animale s'y concentre, les tribus s'y regroupent.
L'Afrique blanche est, à juste titre, le champ de compétitions des ambitions européennes. L'Angleterre et la France y luttent d'influence; mais par un éloquent parallèle de l'action de ces deux peuples dans cette partie du monde, le conférencier souligne les avantages et la supériorité de notre domaine colonial africain, témoignage éclatant du génie colonisateur que nous refusons volontiers à notre pays.

De vifs applaudissements saluent cette péroraison. M. le Président de la Chambre syndicale adresse à M. Gebelin ses plus chaleureux remerciements et, se faisant l'interprète de tous, exprime le vœu de le revoir bientôt au milieu de nous.
Les projections(2), très réussies, qui ont, au cours de la conférence, illustré l'exposé de l'orateur, n'ont pas manqué d'être, pour M. Eberhardt, le dévoué professeur de la Chambre syndicale, l'occasion d'un véritable succès.

P. J. Duranthon

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1- La Société de géographie commerciale de Bordeaux, créée en 1873, avait pour but : le développement des études géographiques, particulièrement de celles qui peuvent être utiles au commerce de la Région.
Extrait du rapport annuel de 1897 :
« Tout en ne négligeant pas le côté scientifique de la géographie la Société de géographie commerciale de Bordeaux poursuit un but essentiellement pratique.  Elle recueille sur tous les pays des renseignements commerciaux qu’elle publie dans son bulletin de quinzaine ; elle organise des conférences publiques sur des sujets géographiques, donne des prix de géographie dans les lycées et collèges ; met au concours des questions importantes, appelle des explorateurs à venir exposer dans ses séances publiques leurs travaux et leurs projets, récompense les capitaines de navire, les correspondants et autres personnes qui lui fournissent les meilleurs renseignements. »
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2- On peut noter le développement des projections à visée pédagogique, en cette fin du 19 ème siècle. A consulter : http://pharouest.ac-rennes.fr/e352009U/lycee/hist-geo/AlgerieADIV/AlgerieXIXe.htm lire le complément sur les projections lumineuses de vues sur verre. On peut aussi s’intéresser aux photos publiées dans la première partie de ce site (Algerie).

http://humanisme.hypotheses.org/292

http://diaprojection.unblog.fr/2012/01/


02/2015