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Par Monique Lambert
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1858 - Il y a des lieux dont la porte reste obstinément close, sauf exception. Ainsi en est-il pour le Pénitencier Saint Jean à Bordeaux. Rappelons qu’il reçoit des jeunes détenus de 12 à 18 ans environ, envoyés par les tribunaux de toute l’Aquitaine pour subir une peine de durée variable. Ici vivent 130 jeunes garçons.

Beaucoup trop de jeunes décédés dans l’établissement depuis quelques années. La Municipalité s’inquiète.  Le Comité d’hygiène de la Ville de Bordeaux, s’est déplacé. Il a rédigé un rapport. Dans ce rapport, on trouve tous les éléments pour pénétrer et visiter cet endroit très particulier.

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Comment y aller ?

Il faut repérer l’église Sainte Eulalie, la rue Sainte Eulalie devenue rue Paul-Louis-Lande, la rue Magendie autrefois rue Mingin. On remarque des murs, ceux d’anciens couvents qui ont subi les vicissitudes de temps troublés. C’est un quartier malsain avec des rues tortueuses. Une population miséreuse loge dans des « garnis ». A l’odeur, par temps chaud, on repère l’école de médecine avec ses salles de dissection.  En face, c’est l’entrée du Pénitencier, au 46 rue de Lalande.

Un rappel historique s’impose : tout a commencé sous la monarchie de juillet vers 1835. Rien n’arrête alors le dynamisme d’un prêtre. L’ abbé Dupuch se préoccupe du sort des prisonniers, puis de ceux que l’on appelle « les petits savoyards » venus du Massif Central pour ramoner les cheminées ; il recueille des orphelins en particulier des enfants de marins naufragés ; il jette les bases d’une œuvre qui se préoccupe de l’enfance et tout naturellement il en vient à s’intéresser aux jeunes détenus « nous voudrions arracher au crime, à l’infamie, 50 jeunes détenus dont 20 appartiendraient au département de la Gironde et le reste aux départements réunis de la Charente  et de la Dordogne » . « Ce sont ces pauvres enfants que nous voulons arracher pendant qu’il est encore temps, à la prison, aux noirs cachots, aux bagnes infamants, peut-être à l’échafaud ? Et les sauver, prenez-y garde, c’est sauver tous ceux qui auraient été pervertis, qui auraient suivi leur contagieux exemple. N’ont-ils pas été pour la plupart, entrainés, gâtés eux-mêmes par d’autres ? Les sauver, c’est sauver la fortune, la tranquillité publique ».

Le sujet est un peu dans l’air du temps. L’abbé Dupuch rencontre Charles Lucas inspecteur général des prisons, lui aussi préoccupé par le sort des petits délinquants. Ils sympathisent. Un projet s’élabore. Le local est trouvé : rue de Lalande. Certes, il abrite des petits savoyards, des orphelins et même une salle d’asile (ainsi nomme-t-on alors ce qui deviendra l’école maternelle). Qu’à cela ne tienne ! Les uns et les autres seront relogés ailleurs. Quelques travaux d’aménagement, et, le 1 mars 1837, le Pénitencier est ouvert. Un prix de journée, payée par l’Administration est prévu pour chaque enfant pris en charge.

Très vite, l’abbé Dupuch, devenu Monseigneur Dupuch, premier évêque d’Alger, quitte Bordeaux et ses activités.

C’est à l’abbé Buchou qu’il appartient, en 1839, de prendre en charge les diverses œuvres laissées par son prédécesseur dont le Pénitencier rue de Lalande. Il hérite d’une situation délicate, l’abbé Dupuch a le don de la parole, de la persuasion, mais pas de la gestion.

Sans négliger le Pénitencier l’abbé Buchou a en tête un autre projet, une idée qui commence à faire son chemin : créer une colonie agricole. En 1840, c’est chose faite avec l’achat d’un domaine à Villenave d’Ornon. Ainsi naît la colonie Saint louis.

Revenons au Pénitencier ou Maison de correction ou Maison d’éducation correctionnelle ou Maison Saint Jean, 40 jeunes garçons à l’ouverture. Très vite l’effectif s’accroît avec l’arrivée de jeunes venus de tous les départements de l’Aquitaine, des petits délinquants, des déshérités, des vagabonds, des rejetés, des indésirables, sans oublier ceux présents par mesure de correction paternelle (les parents ont demandé un séjour en maison de correction).

Le programme éducatif s’adapte : il est prévu une instruction classique (lecture, écriture, etc.) et une formation professionnelle. Les garçons apprennent un « état » sous la direction d’un chef d’atelier. L’atelier doit être rentable et les jeunes peuvent, en principe, capitaliser une petite somme qui leur sera remise quand ils quitteront l’établissement. Comme il se doit, l’ambiance de l’établissement baigne dans une connotation très religieuse.

Les locaux subissent au fil du temps quelques aménagements, mais il n’y a pas gain de place. A l’origine, il est prévu la création de cellules individuelles pour les jeunes, conformément aux préoccupations de ceux qui s’intéressent aux modalités de la condition pénitentiaire. Il est question d’isolement pour éviter les mauvais contacts, de la valeur du travail,etc. A Paris, à la Petite Roquette, les jeunes détenus sont à l‘isolement complet, sans aucun contact avec leurs compagnons d’infortune. Une application stricte d’un projet fou. Pour le Pénitencier bordelais, les quelques cellules individuelles prévues à l’origine se sont révélées bien insuffisantes par rapport à la demande et surtout inadaptées aux conceptions éducatives de l’abbé Buchou.

1848 - 1851, un nouveau régime, la Seconde République puis l’Empire ; ce qui signifie baisse des prix de journée et des exigences supplémentaires de l’Administration. L’interlocuteur bienveillant n’est plus à Bordeaux mais à Paris. Et le taux de mortalité suscite des inquiétudes.

Une mortalité inquiétante – des rapports

Dès 1856, un premier rapport, celui du docteur Elie Gintrac note la vétusté des locaux et fait des proposions non suivies d’effet.

Deux ans plus tard la Commission d’Hygiène de la ville de Bordeaux est sollicitée. Il s’agit de rechercher les causes d’une mortalité assez exceptionnelle parmi les enfants du pénitencier. Le président de la Commission, le docteur Levieux est désigné comme rapporteur. C’est pourquoi à l’automne de l’année 1858, en compagnie de ces messieurs, membres de la Commission, il pénètre dans l’établissement et s’attarde dans les lieux qui semblent mériter son attention et lui permettre de répondre à l’objectif de sa mission.

 

Le docteur Elie Gintrac
https://unerueunmedecinbx.wordpress.com/2017/11/20/elie-gintrac-rue/

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Le rapport qui se présente sous forme de réponse à un questionnaire, a le mérite de conduire le lecteur pas à pas dans les différents lieux de vie du pénitencier. Par-ci par-là les enfants apparaissent, des ombres fugaces. Les lecteurs curieux resteront sur leur faim.

Même s’il s’avère imparfait pour celui qui veut tout savoir, le document reste riche de significations. Il a été choisi ici de ne retenir que les passages qui permettent de saisir le cadre de vie des « enfants » (ainsi sont-ils nommés) séjournant en ce lieu pendant la durée de leur peine (quelques mois à quelques années).

1858 : Visite du Pénitencier

Les descriptions, jugées à tort ou à raison pour ennuyeuses, ne sont plus de mode.

C’est pourquoi il est proposé au lecteur un choix : une visite rapide ou un accompagnement dans un itinéraire plus long, plus fastidieux, avec éventuellement des redites.

Visite rapide.

Il est dit que la surface totale au sol s’élevait à 1768 mètres carrés. Le pénitencier se présente comme un parallélépipède. Une cour de 800 mètres carrés environ, entourée de bâtiments de 6 à 7 mètres de profondeur.

Le visiteur entre par la rue de Lalande. Il est probable qu’avant d’accéder à la cour centrale, il y a quelques chicanes destinées à éviter les évasions.

Cette cour centrale représente le lieu de passage pour aller d’un endroit à l’autre. Pas de préau. Quand il pleut, les enfants jouent dans les salles d’étude, très peu de temps d’ailleurs : ils n’ont droit qu’à une demi-heure de récréation par jour.

A une extrémité, six loges de lieux d’aisance, non fermés dont s’exhale une odeur infecte.

Face à l’entrée on peut voir un bâtiment à un étage ; le rez-de-chaussée est occupé par le ou les réfectoires et cuisine. Les différents rapports ne mentionnent pas leur localisation exacte.

On peut faire une distinction, grossière, entre les bâtiments orientés vers le nord et ceux qui s’ouvrent sur le Sud. Une grande disparité, en conséquence entre ceux qui longent la rue Mingin (actuellement rue Magendie), humides et peu éclairés et ceux d’en face, plus agréables.

Les ateliers sont disposés au rez-de-chaussée essentiellement, sauf celui des tapissiers au premier étage. Sur ce dernier niveau, se situent deux salles d’étude, les dortoirs (bonne orientation) et l’infirmerie. Cinquante cellules avaient été prévues à l’ouverture. Vingt ans plus tard, il n’en reste que 38, dont seules 24 sont occupées. Il convient de ne pas oublier la cellule punition.

Seule l’infirmerie bénéficie d’une cheminée allumée en hiver.

L’ensemble laisse généralement une impression de vétusté.

Visite commentée

C’est le Docteur Levieux qui sera notre guide.  Agé de 40 ans, c’est un notable reconnu, bénéficiaire déjà de nombreuses distinctions.

Ainsi, en premier lieu, le médecin se préoccupe de l’alimentation des enfants. Sans doute a-t-il visité les cuisines et le ou les réfectoires. Il ne fait pas état de la nature de ces espaces que l’on peut situer au fond de la cour au rez-de-chaussée.

A une extrémité de la cour, « on remarque six loges de lieux d’aisance, non fermés dont s’exhale une odeur infecte », les seules qui existent dans la maison.

Le Pénitencier compte sept ateliers. Le premier visité, celui des cordonniers, est installé dans la partie la plus humide de l’établissement,au rez-de-chaussée du bâtiment, le long de la rue Mingin. On peut noter que cette pièce ne reçoit jamais le soleil.

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Docteur Levieux

 

« L’atelier où travaillent 30 enfants de divers âges est en contrebas de 27 centimètres du sol de la cour sur laquelle il prend jour par 4 ouvertures, y compris la porte. Sur le derrière, il existe en outre deux petits soupiraux grillés qui donnent rue Mingin ; le sol est carrelé et à peu près couvert de rognures que l’on enlève que tous les huit jours pour les accumuler dans un coin du local, en un tas énorme d’où s’exhale une odeur, toujours désagréable, mais qui pendant l’été peut devenir malsaine. Voici les dimensions de cet atelier : hauteur : 3 m 60, largeur : 5 m 75, longueur : 8 m 84, ce qui donne un peu plus de 6 mètres cube d’air respirable pour chaque enfant.

Ajoutons à cela que six becs de gaz brûlent tous les jours dans le local depuis 5 heures du matin jusqu’à 8 heures pendant 5 mois de l’année et nous arrivons à ce résultat que cet atelier devrait être interdit comme essentiellement insalubre... ».

Si l’on regarde l’autre côté de la cour, on peut distinguer deux ateliers : la forge et la serrurerie « convenablement disposés et suffisamment spacieux pour le nombre de détenus qui y travaillent ».

Cependant « en traversant l’atelier des forges (on) eut le regret de rencontrer un jeune homme de 16 à 17 ans atteint de phtisie pulmonaire et qui n’en continuait pas moins des travaux qui ne peuvent que favoriser la marche de cette maladie et en hâter le terme fatal ».

Montons au premier étage, sur le corps de bâtiment qui donne sur la rue Mingin, au-dessus de l’atelier des cordonniers. Là sont installés les quatre métiers des tapissiers. L’atelier, ouvert en 1846, a été aménagé sur un ancien dortoir. 

« Dans une salle planchéiée au 1° étage ayant 20 mètres de longueur sur 6 m 12 de largeur, prenant jour sur la cour par 4 larges croisées et sur la rue Mingin par 4 ouvertures plus étroites, sont installés quatre métiers sur lesquels travaillent 17 enfants. Il est impossible qu’ils soient placés dans des conditions meilleures, plus salubres».

C’est au rez-de-chaussée, sans doute à côté de la forge, que travaillent les menuisiers en fauteuil :

« Cinq ou six enfants qui s’occupent à tourner des fauteuils sont réunis dans une pièce au rez-de-chaussée, mais au niveau du sol de la cour, convenablement planchéiée, suffisamment aérée ayant 7 m 20 de longueur sur 5 m 90 de largeur et n’offrant aucune cause d’insalubrité ».

Quant aux menuisiers-chaisiers, ils apparaissent moins bien lotis :

« Ces deux métiers qui se partagent entre 20 enfants de divers âges s’exercent dans une petite pièce au rez-de-chaussée, moitié planchéiée, moitié carrelée, aussi mal aérée que possible, encombrée par cinq ou six établis pour les menuisiers et partagée en deux dans le sens de la hauteur qui est 3 m 60 par une demi-rochelle où sont entassés une douzaine de pailleurs en chaises qu’on est obligé d’y percher faute de place et dont la tête touche au plancher quand ils sont debout.

Ajouter à tout cela une malpropreté qui témoigne que le local n’est que rarement nettoyé et vous aurez, messieurs, une juste idée de cet atelier où s’exercent des métiers qui par nature conviennent admirablement aux enfants mais qui s'y pratiquent dans des conditions les plus fâcheuses ».

On remarque que les vitrages laissent à désirer. Les enfants sont soumis aux intempéries pendant l’hiver.

Toujours au rez-de-chaussée, du côté de la rue Mingin, nous nous dirigeons vers la chapellerie :

« Qu’on se figure, au rez-de-chaussée, une pièce carrelée ayant 15 m 75 de longueur, 5 m 36 de largeur sur 3 m 60 de hauteur, éclairée par 3 larges croisées dont une seule peut s’ouvrir, chacune des deux autres étant encadrée dans un double compartiment où se fait un travail qu’on appelle Arçonner, plus deux fourneaux au fond de la pièce, presque constamment allumés pour l’opération du foulage, tout cela se partageant entre deux chefs d’ateliers et dix-sept enfants de divers âges respirant cette poussière de poils qui se dissémine dans l’air et on aura une juste idée de la chapellerie du Pénitencier Saint Jean ».

Il faut monter au premier étage pour découvrir les salles d’étude. Il y en a deux : une grande et une plus petite.

« …toutes deux planchéiées. L’une est de 48 enfants, l’autre de 74. Cette dernière qui a 26 mètres de longueur sur 6 mètres 12 de largeur et 3 mètres 35 de hauteur prend jour par onze ouvertures sur la cour et onze plus petites sur la rue Mingin. C’est certainement la plus belle en même temps que la plus saine de toutes les pièces de la maison »

« Ces deux espaces sont utilisées comme salles de jeux les jours de pluie, pendant les récréations » (très courtes).

Toujours sur le même étage, on découvre les dortoirs qui occupent la partie de bâtiments exposés au sud.

« les dortoirs, au nombre de trois, sont également situés au premier étage. Il y en a deux de 35 lits ; ils ont 17 mètres 95 de longueur sur 6 mètres 20 de largeur et 3 mètres 35 de hauteur. Les quatre fenêtres qui les éclairent dont deux grandes et deux petites ne se correspondent pas, ce qui rend l’aération presqu’impossible. Les lits sont placés sur quatre rangs et à une très petite distance les uns des autres.

Le troisième dortoir contient 42 lits toujours sur quatre rangs. Sa hauteur est la même que celle des deux autres. Il a 20 mètres 93 de longueur sur 6 mètres 43 de largeur ; comme les deux autres, il est planchéié. On y remarque huit ouvertures mais toutes placées du même côté ; de telles conditions hygiéniques sont on ne peut plus mauvaises et doivent avoir une très fâcheuse influence sur la santé des jeunes détenus puisque chacun d’eux n’y jouit environ que de 10 mètres cubes d’air… ».

A côté du principal dortoir, l’infirmerie: « Au premier étage, près du principal dortoir, on trouve une petite chambre carrelée où l’air pénètre par 4 ouvertures, deux fenêtres et deux portes, c’est l’infirmerie : elle contient six lits presque constamment occupés par les phtisiques qu’on dirige assez souvent vers l’hôpital, mais seulement quand ils sont arrivés au dernier degré du marasme et que leur existence est près de s’éteindre… Dans cette infirmerie existe une cheminée, mais on y fait du feu que dans l’hiver et le jour de notre visite quatre pauvres petits phtisiques grelottant, les jambes nues près d’une fenêtre devant laquelle ils étaient occupés à filer l’étoupe »

C’est au-dessus du réfectoire, au premier étage du bâtiment au fond de la cour, que subsistent 38 cellules individuelles. C’est le reliquat du projet de pénitencier de l’année 1837 qui prévoyait l’isolement de l’enfant la nuit. En 1858, seules 24 sont occupées.

« Elles sont au nombre de 38, mais 24 seulement sont occupées. Il faut les diviser en deux catégories : celles qui donnent sur la cour et celles qui donnent sur le jardin des Dames de l’Espérance. Les premières au nombre de vingt, reçoivent l’air et le jour d’une croisée assez vaste qui donne sur la cour; elles sont planchéiées. Leur dimension est de 2 mètres 34 de long sur 1 mètre 72 de large. Leur exposition est favorable et ne présentent pas de risque d’insalubrité.

Celles de la seconde catégorie reçoivent le jour d’une petite fenêtre grillée de 50 centimètres de hauteur sur 40 de longueur qui est située au ras du plafond et qui ne s’ouvre jamais. Quant à l’air, il ne leur vient que d’une fente assez étroite placée au-dessus de la porte qui donne dans le corridor. »

Avec le docteur Levieux, nous découvrons la cellule punition : 

« Cette cellule a environ 2 mètres de long sur 1 mètre de large. Elle reçoit l’air d’une simple fente sur le corridor et le jour d’une toute petite fenêtre qui donne sur le jardin des dames de l’Espérance et qui donc ne peut s’ouvrir. Un matelas et deux couvertures sur le plancher, un vase de nuit qui contenait des matières fécales : voilà tout le mobilier ».« Ai-je besoin d’ajouter… que l’air y était à peine respirable ? »

« Y était enfermé depuis 23 jours un des petits détenus qui avait pris part à la dernière révolte ».

Le docteur Levieux a négligé de décrire certains autres lieux non liés aux enfants. D’autres textes sont plus explicites.

Ce qui permet de situer la chapelle, indispensable dans une maison à caractère religieux, dans la portion de bâtiment situé à l’intersection de la rue Mingin et de la rue de Lalande : « elle est humide et salpêtrée à cause de son enfoncement de près d’un mètre dans le sol » (28 11 1848), près du logement du directeur.

D’autres lieux comme le logement du sous-directeur, celui du concierge, le parloir et le greffe peuvent être localisés au rez-de-chaussée, près de l’entrée.

Tels qu’exposés dans les différents écrits, il a été possible d’assembler approximativement les différents espaces qui constituent le Pénitencier. Il est prudent, cependant de prévoir une certaine marge d’erreurs.

Un plan de 1862 mentionne la présence d’un deuxième et même d’un troisième étage sur le bâtiment qui jouxte les possessions des Dames de l’Espérance. Le document ne précise ni la surface, ni la dimension de ces locaux. Grenier ? Réserve ?

A quel moment de la journée ces messieurs ont-ils visité les locaux ? Sans doute dans l’après-midi. Une vision figée des lieux et des jeunes. Pas de mention du personnel qui devait cependant être présent.

Et si nous proposions à partir de ce qui nous est dit de l’emploi du temps (texte officiel) une vision un peu plus vivante de l’animation des lieux ?

C’est le matin, très tôt,à cinq heures, que les jeunes se lèvent, hiver comme été. Puis pendant une heure il y a la prière en commun et une courte lecture ; il est prévu une récitation d’un chapitre du catéchisme jusqu’à six heures.

A six heures : les jeunes ouvrent les ateliers.

A six heures et demie ils déjeunent : du pain et de l’eau.

Une demi-heure plus tard c’est la corvée générale de propreté, peignage, lavage des mains et du visage.

Puis, à 8h les jeunes entrent dans les ateliers où ils travaillent pendant 4 heures et demie.

A midi et demi, c’est le repas : soupe maigre et viande ou soupe maigre avec un plat de légumes. Les dimanches et jours de fête soupe grasse et bouilli.

Le repas est suivi d’une récréation d’une demi-heure.

A 13 h 30 : les jeunes vont en classe. Ils étudient pendant une heure et demie avant de retourner à 15 h dans les ateliers où ils travaillent jusqu’à 19 h 30.

En fin de journée, Ils bénéficient, on ne sait en quel lieu, d’une lecture spirituelle. Et Ils font leur prière du soir.

Et à 20 heures, ils prennent leur repas, riz au maigre ou cruchade (riz au gras les dimanches et jours de fête). Ils vont ensuite se coucher.

Cet emploi du temps, tel qu’il a été communiqué au docteur Levieux est-il appliqué rigoureusement ?

La visite des lieux, telle qu’elle vous est présentée, vous laissera peut-être un goût d’inachevé. Vous voulez en savoir plus sur la vie de l’établissement ? Sur ce qu’en pensent ces messieurs ? Vous êtes invités à consulter l’intégralité du rapport annexé au présent article et téléchargeable.

La suite

Les jeunes détenus semblent avoir quitté définitivement les locaux de la rue Lalande en 1862. L’abbé Buchou, sur ses fonds propres, a construit sur un terrain de la colonie agricole Saint- Louis un bâtiment  pour accueillir les jeunes du pénitencier Saint-Jean.

Il ne reste rien du pénitencier situé autrefois au N° 46 de la rue de Lalande, une voie située entre l’Eglise Sainte-Eulalie et le cours Pasteur. A son emplacement, un espace, la place Mabit et des bâtiments dont une résidence pour personnes âgées (rue Magendie) et une crèche. Quant à l’école de médecine, après bien des péripéties et des changements d’affectation, elle est partie en fumée il y a quelques décennies.

visite penitencier 05v Télécharger le Rapport du docteur Levieux (pdf)


Sources : Série Y des Archives départementales de la Gironde. En particulier Y 206, Y 256, Y 260, Y 261, Y 264, Y 269, Y 305, Y 309.

On peut lire le rapport du Docteur Levieux à la cote ADG Y 261.


 (06/2021)