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Par Girondine.

Relevé dans un journal bordelais, L’Indicateur - 9 août 1837Un malheureux instituteur nous a fait d'une manière simple et touchante, le récit de ses infortunes, dont nous ne pouvons que tracer une rapide analyse.En 1835, en attendant un local promis par le conseil municipal de la commune de Fouchères (Yonne) le nommé Bozonnet professa dans une chambre qu'il occupait à ses frais. Pendant l'hiver, comme il n'avait  ni poêle, ni cheminée, les élèves désertèrent sa classe. Il fut obligé de contracter des dettes pour vivre; il tomba malade et se rendit à Paris.


En 1836, le tribunal de Pontoise, sur l'instigation du comité supérieur de Sens qui agissait peut-être contre Bozonnet dans un but de vengeance particulière le suspendit pendant trois ans de ses fonctions;N'ayant plus de ressources, le malheureux instituteur vécut jusqu'en février 1837 sur une cotisation faite par plusieurs de ses confrères. Un curé l'accueillit en Vendée comme musicien.

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Il commençait à respirer quand il fut arrêté par la police d'Angers, comme correspondant secret d'un comité carliste et membres de la société des assassins du Roi. Après deux mois et onze jours de détention préventive, il fut reconnu innocent et remis en liberté.

En prison, Bozonnet, pour ne pas être confondu avec les mauvais sujets et habiter la pistole, avait vendu son linge et son instrument de musique, un ophicléide. Avec 1 fr 50 c dans la poche, il résolut de venir à Bordeaux dans l'espoir d'y trouver un capitaine de navire assez charitable pour le transporter aux colonies. Mais la modique somme dont il était possesseur ne pouvait suffire à son voyage : il travailla pendant quelques jours aux mines de charbon. Il eut le malheur de se blesser grièvement ; mais il partit pour Bordeaux, où il est arrivé sans veste, sans souliers, sans chemise.

Dans un pareil état de dénuement, Bozonnet a vu toutes les portes se fermer devant lui. Il n'a plus de ressources. Son passeport est périmé et ne pourra en obtenir un autre sans argent. Il est sur le point d'être arrêté sous la prévention de vagabondage. Il ne reste plus à cet homme qui consacra les plus belles années de sa voie à l'instruction de la jeunesse qu'à opter entre le crime et le suicide.

Le récit de Bozonnet, fait avec cet accent de conviction que le vice et le mensonge ne sauraient emprunter, nous a vivement touchés. Ce malheureux fait un appel aux âmes charitables et surtout aux instituteurs ses confrères. Nous ne doutons pas que cet appel ne soit entendu.
On recevra les souscriptions au bureau de l'Indicateur.

Notes :


(05/2013)